Le thé est à la mode
19 septembre 2008
J’ai commencé à apprécier le thé peut-être un an après avoir commencé à apprécier le café, c’était la suite logique dans les breuvages énergisants. Abordé avec moins de finesse, le café n’a pas cette culture qui entoure le thé: le Zhong et le Gong Fu Cha en Chine ou le Chanoyu au Japon par exemple.
C’est d’ailleurs assez intéressant puisque les passionnés de ce breuvage sont des gens globalement plus rêveurs, curieux, imaginatifs, fins et tranquilles (sans faire des généralités), ce que l’on ne retrouve pas forcément chez les amateurs de café. Conclusion : le consommateur averti de thé est surement attiré par le goût de la boisson, mais aussi certainement pour toute cette richesse (culturelle et rituelle) et c’est ce qui l’a poussé à consommer. Banalité.
Bref, tout ça pour amener un petit rappel, qui va être complété par la suite :
L’histoire du thé
Origines
Tout commence en 2737 avant notre ère, en Chine.
Selon la légende, alors que l’empereur Shen Nung faisait bouillir de l’eau à l’abri d’un arbre pour se désaltérer, une légère brise agita les branches et détacha quelques feuilles. Elles se mêlèrent à l’eau et lui donnèrent une couleur et un parfum délicat. L’empereur y goûta, s’en délecta et en repris. L’arbre était un théier sauvage : le thé était né.
En Inde, une autre légende, cette fois, raconte que le prince Dharma, troisième fils du roi Kosjuwo, fut touché par la grâce et décida de quitter son pays pour aller prêcher en Chine les préceptes de Bouddha. Pour se rendre plus digne d’une telle mission, il fit vœu de ne pas dormir pendant les neuf années de son périple. Vers la fin de la troisième année pourtant, il fut pris de somnolence et allait succomber au sommeil lorsque, cueillant par hasard quelques feuilles d’un théier sauvage, il les mordit machinalement. Les vertus tonifiantes du thé firent aussitôt leur effet : Dharma se ragaillardit et puisa dans ces feuilles la force de rester éveillé pour les six dernières années de son apostolat.
Au Japon, l’histoire serait un peu différente : au bout des trois années, Bodhi-Dharma, épuisé, finit par s’endormir pendant ses dévotions. A son réveil, furieux de sa faiblesse et accablé par sa faute, il se coupa les paupières et les jeta à terre. Quelques années plus tard, repassant au même endroit, il constata qu’elles avaient donné naissance à un arbuste qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il en goûta les feuilles et s’aperçut qu’elles avaient la propriété de tenir les yeux ouverts. Il en parla autour de lui et on prit l’habitude de cultiver le thé aux endroits où il était passé.
Quelle que soit la légende, il semble que les arbustes soient originaires de Chine, probablement de la région située aux confins de la Birmanie, du Nord-Viêt-Nam et du Yunnan, et que l’habitude de consommer cette boisson se soit d’abord développée parmi les chinois.
L’âge du thé bouilli
Selon la légende chinoise, l’utilisation du thé comme boisson serait apparue en l’an 2737 avant notre ère, quand des feuilles se seraient détachées d’un arbre pour tomber dans l’eau chaude que l’Empereur Shen Nung avait fait bouillir pour se désaltérer. Ce dernier aurait alors apprécié le breuvage dont la consommation se serait généralisée.
De façon plus vérifiable, le thé serait apparu en Chine, sous la dynastie des Han de l’Ouest (-206 av. - 24) : des récipients à thé datant de cette époque ont été découverts. À l’origine, on s’en sert pour parfumer l’eau que l’on fait bouillir avant de la boire pour l’assainir. Il est d’emblée apprécié pour ses vertus thérapeutiques, comme soulageant les fatigues, fortifiant la volonté et ranimant la vue. Il devient une boisson quotidienne en Chine sous la dynastie des Han de l’Est (25 - 220) et à l’époque des Trois Royaumes (220-280).
Les feuilles de thé sont alors broyées et la poudre obtenue compactée sous forme de briques, plus facilement transportables. On mélangeait parfois le thé avec un liquide, comme du sang, pour obtenir des briques plus solides.
Pour préparer le thé, on émiettait les briques, puis on faisait griller la poudre obtenue pour des raisons hygiéniques (les briques étaient souvent infestées de vers et d’insectes) et aussi pour donner au thé un goût plaisant. La poudre était ensuite bouillie avec des miettes de sel, et parfois du gingembre, de l’oignon, etc. On obtient ainsi une mixture épaisse, à la saveur corsée, servie dans un large bol qui passait de main en main.
Les briques de thé servaient également aux Chinois de monnaie d’échange, à tel point qu’elles faisaient l’objet d’un monopole d’État. Elles leur permettaient notamment de se procurer des chevaux auprès des peuples « barbares » du Nord. C’est ainsi que le thé s’est introduit en Mongolie où de nos jours il est toujours préparé bouilli, salé, additionné de lait de yack ou de vache.
Le thé battu
Sous la dynastie des Song du Nord (960-1279) on préparait le thé battu. Les feuilles étaient broyées sous une meule afin d’obtenir une poudre très fine, que l’on fouettait ensuite dans l’eau chaude pour obtenir une mousse substantielle. Ce thé était aussi servi dans un grand bol commun à plusieurs convives.
Le thé devient la boisson de prédilection des lettrés sous la dynastie Tang (618 - 907). Il est introduit au Japon au début du XIIe siècle par le prêtre Eisai. Ce mode de préparation y est encore pratiqué lors de la cérémonie du thé (chanoyu).
Le thé infusé
En 1391, Hongwu, le premier empereur de la dynastie Ming décréta que les tributs en thé livrés à la Cour devaient l’être non plus sous forme de briques, mais de feuilles entières. Ce décret impérial modifia rapidement les habitudes de consommation du thé. Désormais, les feuilles de thé sont directement infusées dans l’eau chaude.
Le service du thé subit de profonds bouleversements. Il fut désormais conservé dans des boîtes réservées à cet usage et préparé dans un ustensile d’un nouveau genre : une théière. On le servait dans de petites tasses individuelles destinées à en exhaler l’odeur et la saveur. Cette nouvelle vaisselle de théières, de bouilloires, de soucoupes, de tasses devint rapidement objet d’un artisanat raffiné à destination de riches collectionneurs.
On distinguait maintenant les thés suivant leurs régions d’origine, l’aspect des feuilles, leur couleur. Le façonnage devint également un objet d’attention, car les feuilles de thé pouvait être roulées en boules, en « aiguilles », savamment pliées et liées entre elles pour former des fleurs, des têtes de dragons, etc.
Au début de la dynastie des Qing (1664 - 1911) un ustensile particulier apparaît : le zhōng 盅 (on parle aussi de gàiwǎn 蓋碗 ou de gàibēi 蓋杯) - une sorte de tasse sans anse, à couvercle, dans laquelle on met directement les feuilles à infuser.
Introduction du thé en Europe
Le thé, tout comme le café, fut introduit en Europe par les Néerlandais : en 1606, un navire hollandais de la Dutch East Company embarqua à Java quelques caisses de thé, échangées contre des caisses de sauge. Soit que les Hollandais achetèrent alors des thés fermentés, soit que le thé fermenta naturellement au cours du voyage, toujours est-il que le thé fut d’abord connu en Europe sous la forme de « thé noir ».
En 1606, les premières caisses de thé arrivent à Amsterdam, en Hollande : c’est la première cargaison de thé connue et enregistrée dans un port occidental. La Compagnie des Indes Orientales, compagnie hollandaise, entretient à cette époque des relations régulières avec l’Extrême-Orient et conservera, malgré la fondation en 1615 de l’East India Company, son concurrent britannique, le monopole sur le négoce du thé jusqu’à la fin des années 1660. En 1653, les premières caisses arrivent en Angleterre où le thé se répand rapidement, porté par la vogue du café. En 1657, Thomas Garraway, tenancier d’un « coffee-house » à Londres, introduit le thé dans sa boutique et fait paraître dans le journal de l’époque cette publicité : « Cette excellente boisson, approuvée par tous les médecins chinois, que les Chinois appellent « Tcha » d’autres nations « Tay » alias « Tee » est en vente à la Sultaness Mead près du Royal Exchange à Londres. »
La reine Anne Stuart le consomme pour la première fois au petit déjeuner. Anne, Duchesse de Bedford (1788-1861) est la première à inviter ses amies pour une petite collation lors de l’après-midi, autour d’une tasse de thé accompagnée de petits gâteaux, de sandwiches, de pâtisseries. Elle imite une habitude des salons français, qui d’ailleurs disparut en France, avant d’être de nouveau réintroduite à la fin du XIXe siècle… par imitation de la tradition britannique !
La pratique éminemment sociale de l’afternoon tea se répandit dans toutes les couches de la population et se formalisa au XIXe siècle en five o’clock tea.
Le thé devint au cours des XVIIe siècles et XVIIIe siècles un enjeu économique majeur, l’objet d’une lutte acharnée entre Anglais (puis Britanniques) et Hollandais. La Compagnie des Indes Orientales, fondée en 1599 par la reine Élisabeth, eut le monopole du commerce du thé jusqu’en 1834.
En 1638, le Japon ferma ses ports à l’Occident pour plus de deux siècles. La Chine devint donc la principale source d’approvisionnement en thé. À la fin du XVIIIe siècle, les Britanniques mirent en place un système triangulaire tout à leur avantage : le pavot produit dans leurs colonies indiennes, transformé en opium, était échangé en Chine contre du thé, qui était vendu à son tour sur le marché européen.
La Chine tenta de s’opposer à l’importation de l’opium : interdictions de l’importation, saisies et destructions de caisses se succédèrent sans effet. Après la première puis la deuxième guerre de l’opium, la Chine est contrainte d’autoriser le commerce de l’opium, de limiter ses tarifs douaniers, d’ouvrir des ports à l’Occident, de céder Hong Kong aux Britanniques, etc.
La Boston Tea Party fut, en 1773, un acte de désobéissance dans lequel des habitants des colonies qui allaient constituer les États-Unis jetèrent à la mer des caisses de thé britannique pour protester contre les taxes. Cet événement préfigure la Guerre d’indépendance des États-Unis d’Amérique.
En 1823, le Major Robert Bruce découvrit en Assam une espèce indigène de théier. En 1834, pour pallier la perte de son monopole, la Compagnie des Indes Orientales entreprit d’installer des fabriques de thé en Inde. Elle commissionna, en 1848, Robert Fortune pour un voyage d’exploration en Chine, en fait une véritable entreprise d’espionnage industriel. Déguisé en Chinois, se fondant sans difficulté dans la foule, Fortune mena remarquablement à bien sa mission. Il parvint à envoyer en Inde pas moins de 20 000 plants de théiers chinois et surtout à recruter huit fabricants de thé qui livrèrent à la Compagnie tous les secrets pour mener à bien la culture du thé. La variété assamaise se révéla la mieux adaptée au climat très chaud de la péninsule indienne. Elle fut rapidement plantée en Inde et à Ceylan. Aujourd’hui, la plupart du thé produit dans le monde provient de cette variété.
Mythes et légendes
La légende raconte que Bodhidharma, disciple de Boudha, lors d’une de ses longues méditations, s’assoupit et fit alors des rêves voluptueux. À son « réveil », il s’en voulut tellement qu’il se coupa les paupières pour ne plus jamais s’assoupir. Et là où étaient tombées ses paupières poussèrent les premières plantes de thé. Dès lors, tous les moines bouddhistes boivent du thé pour éviter l’engourdissement pendant leur méditation…
Selon une autre légende plus vraisemblable, Gautama Bouddha découvrit le thé quand une feuille tomba dans sa tasse alors qu’il méditait, assis dans un jardin.
Dans une autre légende assez proche de la seconde, c’est pendant une tournée de l’empereur de Chine Shen Neng, que quelques feuilles de thé sont tombées d’un arbre sauvage dans l’eau chaude de sa boisson, formant une liqueur brun-jaune. Il goûta la mixture par curiosité et fut séduit par son arôme et ses propriétés stimulantes.
26 septembre 2008 à 15:50
Mon cher Harold, je voulais par hasard retrouver une photo sur ton site et je découvre ton blog.
Avoueras-tu que je t’ai influencé ? En tout cas, cet article sur le thé est génial. ça me fait plaisir de voir que tu as toujours le goût du savoir (expression idiote mais je ne vois quoi dire d’autre).
PS: Penses juste à justifier le texte
29 septembre 2008 à 21:14
je me permets de faire une nouvelle remarque, tu devais changer l’url de tes posts, tu vas trouver comment le faire dans les settings de wordpress. Je ne t’apprends rien si je te dis que c’est mieux pour le référencement, et puis c’est plus classe. J’attends la modération.